Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Jean, Natalie.


La Vie magique. Éd. Leméac, 2018, 173 p.

Sartre démenti

Plusieurs ont enfoui au plus profond d'eux-mêmes leurs aptitudes au bonheur. On le note quand on lit assidûment nos auteurs. Les frustrations donnent le ton à leurs œuvres. Le mal habite l'entourage, qui s'ingénie à rendre les autres malheureux. Comme l'a écrit Jean-Paul Sartre dans Huis clos, " L'enfer, c'est les autres. "


Avec son nouveau roman, Nathalie Jean s'applique à prouver le contraire à travers Miranda, une adolescente synesthète, qui juge que la vie mérite d'être vécue. La sensiblerie est loin de l'étouffer. Elle a les deux pieds sur terre d'autant plus qu'elle a connu son lot d'épreuves. Elle a perdu sa mère à l'âge de dix ans, ainsi obligée de se dépatouiller avec les moyens du bord devant l'adversité. Heureusement, son père, un agronome, a su l'épauler pour explorer le milieu du monde comme dirait le philosophe Fernand Dumont.

Pour Miranda, chacun est une source d'épanouissement et de connaissances. Sa mère l'avait initiée avec doigté à la sexualité, son père était un appui indéfectible et ses amis, un complément à son apprentissage. Grâce à eux, elle peaufine son art d'être une adulte accomplie et ouverte. Tous les problèmes sociaux trouvent chez elle un écho qui favorise sa compréhension de la vie. Miranda n'est pas en quête d'un monde idyllique. Elle se veut la magicienne qui transformerait l'existence, parfois douloureuse, en expériences positives. Bref, elle cherche le bonheur en toute chose, voire, un jour, en amour. Un amour gratifiant et pérenne.

La trame parcourt son cheminement de l'élémentaire au secondaire. L'auteure a coupé les fleurs bleues le long de la route de son héroïne tout en épargnant celles qui portent des épines. C'est avec crédibilité qu'elle décrit, de belle manière, un monde apte au bonheur. Le jury du prix Goncourt ignorera cette œuvre, mais les pessimistes et les dépressifs auraient avantage à l'avoir sur leur table de chevet.