Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Lavoie, Marie-Renée.

1. La Petite et le Vieux. Éd. XYZ, 2010, 237 p.

Une enfance à Limoilou

La Révolution française de 1789 est revécue dans le quartier Limoilou de Québec des années 1980. C’est à travers Oscar, capitaine de la garde royale de Marie-Antoinette, que l’auteure aborde le monde de l’enfance dans un quartier habité par de nombreux patients désinstitutionnalisés de l’hôpital psychiatrique de Giffard. Lady Oscar était une fille qui avait emprunté l’identité d’un homme. Ardente défenderesse de la reine, elle est passée dans le camp des insurgés lors de la prise de la Bastille.


La Petite et le Vieux n’est pas un roman historique. Il s’agit plutôt de l’exaltation d’Hélène, une fillette de huit ans, qui se déguise en garçon à l’instar de son émule Oscar, dont elle a dévoré la bande dessinée à Canal Famille. Elle rêve d’avoir le courage de souffrir pour améliorer le sort de son entourage. Fille d’un professeur malheureux et d’une mère qui porte le faix des problèmes familiaux qu’elle règle à coups de « c’é ça, c’é toute», elle a décidé de livrer les journaux le matin, d’être serveuse dans une salle de bingo le soir et de sortir les poubelles des voisins pour 10 cents. C’est ainsi qu’elle lutte contre la pauvreté des résidants virevoltant autour d’un dépanneur, un personnage important pour satisfaire les besoins des nécessiteux, qui se consolent avec des cigarettes et de la bière.

Elle s’éprend de tous les malheureux, comme son voisin, un vieux ayant passé trente ans en institution psychiatrique. Depuis sa réintégration sociale, ses journées s’écoulent à écluser de la bière, assis dans un fauteuil esquinté enraciné dans une cour poussiéreuse. Malgré ses jurons de charretier acariâtre, Hélène, alias Jos, lui procure de petits bonheurs, comme celui de faire recouvrir son fauteuil. Elle noue davantage ses liens en lui offrant Le Vieil Homme et la Mer d’Hemingway. Un roman dont la mer n’est qu’un transit vers un monde meilleur, le leitmotiv qui aiguille l’héroïne

En fait, le roman souligne la bonté d’une fillette à qui Marie-Renée Lavoie prête un peu trop de sa sensibilité aux injustices sociales C’est quand même beau d’autant plus que l’écriture conviviale emprunte parfois des tournures jouissives comme « ces hivers qui condamnent les talons hauts aux jachères ». La qualité première du roman repose sur les émotions que l’auteure suscite avec la chute des faits qu’elle raconte. Un don qui ferait d’elle une excellente nouvelliste.

Bref, le roman donne par contre une vision romantique de la société à sauver. Mais, comme Le Vieil homme et l’Enfant de Claude Berri avec Michel Simon, cette histoire touchante et drôle malgré la thématique s’ajoute avec bonheur au créneau des initiations enfantines.

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2. Les Chars meurent aussi. Éd. XYZ, 2018, 243 p.

On ne fait que passer

Les critiques des chroniqueurs sont élogieuses, mais ma voix sera discordante. C'est moins un roman qu'un scénario écrit en langage populaire. Traduction obligatoire pour le reste de la francophonie. Heureusement, quand l'auteure passe en mode narration, le récit revêt une tenue littéraire respectable.


Cette nouvelle œuvre de Marie-Renée Lavoie renoue avec la dynamique qui animait La Petite et le Vieux, un premier roman racontant joliment l'histoire d'une fillette qui s'était attachée à un vieillard abandonné, dont elle voulait embellir la fin prochaine avec son argent gagné comme camelot. La mort n'est jamais loin avec cette auteure. Et ce qui compte pour elle, c'est l'amour d'autrui qui doit remplir le temps entre le début et la fin de l'existence.

Dans la même veine, nous retrouvons Laurie, une lycéenne aimante qui prend sous son aile une fillette négligée par ses parents. En guise de remerciement, cette dernière échange ses poux avec sa protectrice. Mais la mère de l'héroïne compte plus d'un tour dans son sac pour abréger la vie des bestioles qu n'ont que des démangeaisons à offrir en partage.

Le partage est justement la part essentielle de l'œuvre. De sa mère, Laurie hérite de son amour de la lecture. Chacun de ses romans indique dans la page de garde le nombre d'heures qu'il faut pour le lire. C'est très important quand on travaille dans une guérite pour percevoir l'argent donnant accès au parking. Il ne faut pas choisir un roman qui se lit trop vite. Le mari aimant et accommodant a aménagé pour sa femme un milieu de travail plus confortable. La vie est belle avec cet homme attentionné qui travaille dans un garage. C'est un bizouneux (bricoleur) hors pair. En visitant les cours à scrap (casse automobile), il peut y trouver des pièces pour reconstituer une auto déglinguée. C'est ainsi que Laurie acquiert un Pony (modèle Ford) qui l'obligera à de nombreuses réparations si elle veut se rendre au lycée en sécurité et au restaurant où elle est serveuse. Belle famille qui s'entraide. De même pour les mécaniciens qui voient au fonctionnement approximatif de son char (auto). Mais les chars meurent aussi, nous informe le titre. En attendant, ils sont bien utiles.

Le volet amoureux est moins intéressant. Laurie est courtisée par un garçon de la Haute-Ville de Québec où habitent les bien-nantis. Comme elle vit dans la Basse-Ville, réservée aux plus pauvres, il va de soi que son entrée dans le monde bien argenté est mal vu. Assez pour fuir une fête qui y est organisée quand elle sent que le clivage social la désavantage. L'amour peut-il anéantir la différence ?

Tous les ingrédients romanesques sont réunis pour donner un bon roman. Mais ça ressemble plus à une macédoine dont il est difficle de savoir ce qui la compose. Et cette manie de n'avoir recours qu'à des pronoms pour identifier les personnages obscurcit une trame déjà mystérieuse. Reste l'amour de ses semblables. C'est déjà quelque chose. L'épilogue, par contre, est fort émouvant en nous rappelant que l'on ne fait que passer, comme le chantait Gilbert Bécaud. En attendant, soyons des amis de passage.

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