Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Larochelle, Marie-Hélène.

Daniil et Vanya. Éd. Quebec Amérique, 2017, 290 p

Adoption de jumeaux russes .

Un couple de Toronto, gérant une entreprise de design, a recours à l'adoption internationale pour devenir parents. Grégory et Emma ayant donné naissance à un enfant mort-né sont très heureux d'apprendre que leur vœu le plus cher se réalisera grâce à un orphelinat de Saint-Pétersbourg, Rapidement, ils s'envolent pour la Russie. Ce n'est pas un poupon qui les attend, mais des jumeaux, Daniil et Vanya.


Espérant trouver le bonheur en fondant ainsi une famille, les nouveaux parents réalisent très tôt qu'ils n'en seront pas au bout de leurs peines. Ces enfants russes sont plutôt singuliers. Ils détruisent tout ce qui leur tombe sur la main. Grégory et Emma tentent de comprendre ce dérèglement inquiétant. Est-ce relié à la mère naturelle ? Est-ce une séquelle de la vie en orphelinat ? Est-ce une conséquence du dépaysement? Le questionnement s'ouvre sur toutes les hypothèses. Bref, Emma et Gégory croient qu'en fréquentant l'école, les jumeaux perdront leurs mauvaises habitudes en se socialisant. Ah que non ! Ces enfants ont véritablement un comportement associable. Et le pire est à venir car tout enclenche leur violence. Ce sont des petits monstres qui ne sont pas sans rappeler les jumeaux d'Agota Kristof. À 16 ans, il n'y a rien à leur épreuve, voire sodomiser un élève de leur école. Que leur adviendra-t-il ?

Le premier volet du roman est très intéressant. Le suspense est bien maintenu tout en créant une atmosphère de tension psychologique. On croirait que couve une apocalypse imminente. Emma, la narratrice du récit, rend bien les sentiments qui l'habitent en tentant du mieux qu'elle peut d'élever ses enfants. Le drame qu'elle vit érode son rêve de maternité. Pourtant, depuis l'adoption, elle a abandonné son travail pour se consacrer uniquement aux jumeaux. Elle est complètement désemparée d'autant plus que Grégory lui fait porter l'odieux de la situation. C'est un mari macho qui a une haute estime de son moi. Il détient la vérité envers et contre tous. Le contexte ne peut resserrer les liens du couple. Il est toujours absent à cause de son travail de designer oeuvrant partout en Amérique du Nord. De retour à la maison, c'est la longue litanie de blâmes adressée à sa femme qui lui rapporte les événements.

Le deuxième volet gâte cette descente aux enfers malgré les rebondissements. Justement, ils sont trop nombreux. L'auteure a manqué de souffle en nous narrant cette vie brisée par une adoption. Et le dénouement inattendu déçoit. La première partie est prometteuse. Elle soulève l'intérêt sans coup férir. Chaque chapitre est bien construit en terminant de plus comme une nouvelle qui surprend. Marie-Hélène Larochelle a un don de conteuse et une plume alerte, mais elle a raté l'atterrissage de son roman.