Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Beaudoin, Myriam.

Épiphanie. Éd. Leméac, 2019, 145 p.
La Maternité à tout prix

Le désir de la maternité chez certaines femmes peut devenir obsessionnel. C'est le cas de l'auteure, narratrice de cette œuvre. Tous les espoirs sont permis puisque les tests subis prouvent hors de tout doute que son organisme est en bonne santé à ce chapitre. Mais la nature refuse de collaborer à son projet d'enfantement. L'attente est d'autant plus pénible qu'elle est supportée par un mari désireux lui aussi de devenir père.


Commence alors un long cheminement vers la fécondité. Myriam Beaudoin frappe à la porte de tous ceux qui semblent détenir la solution à son problème. Et de nombreux charlatans ont pignon sur rue en ce domaine. Ils abordent l'infertilité comme une simple maladie. Autant promettre à un cul-de-jatte de lui faire repousser ses jambes. Les services de ces soi-disant experts ne sont pas offerts gratuitement. Ils ont l'art de siphonner un compte de banque à la vitesse de l'éclair. Et d'autre part, les cliniques de fertilité ne parviennent pas à produire le fruit tant attendu. La stérilité est opiniâtre.

En désespoir de cause, elle recourt à la religion même en absence de la foi. Une retraite fermée chez les Recluses missionnaires du boulevard Gouin à Montréal peut s'avérer concluante. Mais sœur Thérèse a du vécu. Ex-chanteuse populaire, elle s'est retrouvée religieuse. La voix de Dieu est imperceptible. Il émet des messages cryptés. La narratrice décodera le sien comme étant une invitation à l'adoption. Et encore là, ce n'est pas une sinécure que de suivre cette voie tatillonne. Et qui dit que l'enfant que l'on destine aux parents adoptifs soit en bonne santé physique ou mentale ? C'est un risque surtout quand le bébé est en très bas âge et d'origine mystérieuse.

La situation est assez pénible pour qu'une femme en vienne à se déprécier. Comment l'auteure comble-t-elle la déprime avant que n'advienne son épiphanie. Elle choisit les mots pour garder son équilibre. Chaque chapitre est précédé d'un poème qui traduit sa douleur mieux que la narration. Sa confession n'est ainsi que plus éclairante. C'est le récit magnifique du chemin de croix d'une femme qui souhaite la venue de l'archange Gabriel. D'aucuns diraient de la cigogne.