Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Corriveau, Hugues.

La Fêlure de Thomas. Éd. Druide, 2018, 206 p.

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Un enfant meurtrier

Dès le préambule, Thomas, un enfant d'onze ans, tue deux voleurs venus dévaliser le dépanneur du coin. Ces derniers tuent la caissière, mais l'un deux échappe son revolver qui tombe près de Thomas. Ce dernier s'en empare et tire machinalement en direction des braqueurs. Il venait de perdre une amie qui fermait les yeux sur ses larcins quand il venait dérober du chewing-gum. C'est à cette occasion qu'il commet l'inéluctable.


L'élément déclencheur plus ou moins crédible amène heureusement le lecteur dans un tout autre univers. L'auteur en profite pour brosser le tableau d'un enfant délaissé d'un quartier défavorisé de Montréal. Né d'une grossesse indésirée, il subit sans cesse les sarcasmes de sa mère, l'abandon de son père et la mort accidentelle de son frère Will, fauché par un camion. Et comme à l'école, il est victime d'intimidation, il vient de perdre son seul allié, dont il se sent responsable de la tragédie qui l'a emporté.


Ces faits sont suffisamment lourds pour perturber qui que ce soit. Le roman investigue justement la fêlure de Thomas. C'est à travers l'enquêteur au dossier que l'on découvre l'âme de Thomas. Le policier ne se presse pas pour s'enquérir de ses aveux. Il procède avec patience pour connaître tous les tenants qui ont poussé l'enfant à poser son geste. De ce point de vue, le roman est une réussite. Avec une lenteur aucunement inopportune, on entre dans l'univers des enfants mal-aimés à qui Hugues Corriveau voue une belle tendresse. C'est rafraîchissant dans un contexte morbide.

C'est un polar original. On ne cherche pas un coupable. On débroussaille plutôt la voie qui conduit à la criminalité. C'est bien, mais l'écriture gâte la sauce. L'auteur, poète par surcroît, mêle les genres. Il recourt sans cesse à l'itération sous forme nominale où prime la périphrase. Pourquoi quintessencier quand on peut faire simple ?
Œuvres