Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Huyghebaert, Céline.

Le drap blanc.

Éd. Quartanier, 2019, 336 p.

Quand un père meurt

Les liens parentaux sont déterminants pour l'équilibre mental. Même si l'on renie son père ou sa mère, on marche quelque part dans leurs pas. La pomme ne peut tomber que du pommier. On le ressent quand un deuil frappe à la porte. Céline Huyghebaert, auteure et narratrice du roman, vient de perdre son père. Elle en est fort ébranlée quand sa sœur le lui apprend. Immigrée à Montréal, il lui faut de toute urgence revenir en France, son pays d'origine, pour ses funérailles. Son exil au Québec n'a pas reçu le sceau de la validité paternelle. Ce décès sonne donc la nécessité de remettre la pendule à l'heure.

Pour connaître ce père, dont elle est la préférée de ses trois filles, Céline procède par entrevues afin d'en sortir un livre salvateur. La personnalité du personnage est examinée sous tous ses angles. Ce fumeur alcoolique était au service d'une fermière qui l'a larguée à cause de ses mauvaises habitudes, mais surtout à cause de son attachement à une agriculture d'une époque révolue. Tour à tour, la famille ajoute un trait au tableau qui se brosse sous les yeux du lecteur. On ne peint pas avec du fiel. On est juste avec l'homme que l'on a quand même aimé en dépit de ses manies et de la séparation qui a poussé la mère dans les bras d'un amour de jeunesse après presque vingt de mariage. Des connaissances ajoutent leur grain de sel d'où sort finalement une œuvre complète sur l'univers d'un homme que l'on aurait voulu aimer davantage. Les silences ne sont aussi éloquents qu'on le dit.

Pour faire le deuil de son père, l'auteure en a tracé le portrait exhaustif. Elle a consulté les membres de sa famille et les amis en plus d'écrire ses souvenirs dans son journal personnel. On y lit donc un parcours qui prend fin avec une tumeur et une cirrhose impardonnables. L'oeuvre est des plus honnêtes. On y lit le quotidien d'un homme comme on en connaît plusieurs. Ceux-ci ne passent pas à la postérité. Ils ont aimé sans trouver les mots pour le dire. Ils meurent comme ils ont vécu en cachant les souffrances qui les accablent et qui les conduisent à la mort. C'est ce que sa fille Céline a compris. Et comprendre, c'est pardonner celui que l'on accuse d'une faute qu'il ne sait pas avoir commise. C'est triste d'avoir vécu dans un amour absent de bonheur.

C'est à ce prix que l'on se paie un véritable deuil. Ainsi peut-on apporter les cendres d'un père au Québec pour mettre fin à l'exil de l'auteure. C'est beau, mais la forme est loin d'être normative. En plus, l'écriture est trop bavarde. C'aurait été meilleur si on avait retranché 100 pages aux 320 du livre.