Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Guay-Poliquin, Christian.

Le Poids de la neige. Éd. Peuplade, 2016, 300 p.

Un village condamné à l'huis clos

Le Prix du gouverneur général 2017, la plus haute distinction littéraire du Canada, vient d'être accordé à Christian Guay-Poliquin pour son roman Le Poids de la neige. Après avoir écrit Le Fil des kilomètres, il ramène son protagoniste de l'Ouest canadien, qui a parcouru presque tout le Canada lors d'une panne d'électricité généralisée pour venir au chevet de son père mourant.


Avec son nouveau roman, l'auteur conduit son héros à la porte de son village natal aux prises, lui aussi, avec le manque d'électricité qui sévit dans le pays. Malheureusement, l'hiver s'installe toujours avec ses inconvénients. La neige est un poids qui rend les routes dangereuses et les secours aléatoires. Bref, la neige isole tous et chacun. C'est d'autant plus vrai quand un accident survient en pleine tempête dans une région boréale. À un mille de son point d'arrivée, le narrateur, le principal personnage du roman, a les deux jambes fracturées lors d'une embardée. De valeureux villageois le confient à un vieil homme de passage devenu captif de l'intempérie. Les deux se retrouvent dans une véranda chauffée en attendant que l'hiver se fasse moins rébarbatif. Ce n'est pas sans rappeler la crise du verglas qui a frappé le Québec pendant un mois en 1998.

Même si ces deux personnages sont à l'abri, il faut se chauffer et manger. C'est d'autant plus pénible quand on est à une heure de marche du village presque déserté. Plusieurs ayant gagné des régions moins affectées. Quand même, de bons samaritains s'enquièrent de leurs besoins pour tenter de les combler. Maria, l'infirmière, apporte des antidouleurs et refait les pansements du narrateur. D'autres apportent du bois de chauffage ou des cannages. Le tandem s'organise, mais la vie à deux ouvre la voie aux différends.

Cette réclusion devient un ermitage qui oblige les deux hommes à partager un quotidien contraignant. Le plus vieux s'occupe de son cadet très mal en point, mais son silence ne facilite pas l'entraide. On s'observe comme des chiens de faïence. Petit à petit, quand l'état de santé du narrateur s'améliore, on passe de la vie contemplative à une vie moins passive. Chacun comprend qu'il a besoin de l'autre pour vivre, voire pour rêver sa vie.

Cet huis clos, qui enseigne que la vie est un partage, révèle l'importance de la fraternité. On s'en sort grâce aux ponts que l'on a construits. Des ponts que la fatalité souhaite voir s'effondrer. Mais ils tiennent quand l'enjeu existentiel pousse vers l'autre. Le départ du vieil homme est motivé par la maladie de sa femme et celui du jeune suit le deuil de son père pour se consoler auprès de sa famille vivant dans un camp de chasse.

C'est un roman dense servi par une belle écriture compacte et limitée par un sujet, un verbe, un complément et une proposition subordonnée. L'auteur n'essaie pas de calquer l'oralité comme c'est la vogue au Québec. Il se limite à profiler l'épaisseur de ses deux principaux protagonistes et à étudier leurs réactions dans un contexte de claustration. De cette manière, il lance une belle invitation à se surpasser.