Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Papineau, Véronique


Petit Manuel des amours toxiques.
Éd. Leméac, 2018, 215 p.

Vivre en couple.

Tous veulent former le couple idéal entre 25 et 35 ans. Un bon emploi pour le mari et la femme, une maison en banlieue, un enfant, deux autos, une piscine et un chien ou un chat. Mais la vie ne se résume pas à cet objectif, assez facile à atteindre d'ailleurs.


Le couple que présente Véronique Papineau répond aux critères des unions vouées au bonheur. Les biens matériels et l'argent qui en autorise l'acquisition est au rendez-vous. La vie ne carbure pas seulement à ce qui enrichit. Un tandem amoureux se doit de profiter du vent dans les voiles pour ne pas être drossé. Quand la communication ne parvient plus à insuffler assez d'air pour naviguer, il faut s'attendre au pire.

Le sujet est souvent abordé. Afin que ce soit intéressant, il faut du talent pour écrire une variation originale sur un thème connu. Et l'auteure en a à revendre. Elle se penche particulièrement sur la personnalité d'Alice, la conjointe de Renaud dont elle a un fils qui s'appelle Jonas. Cette femme autonome a joint sa destinée à celle d'un homme futé qui va l'asservir. Alice ne sera jamais assez bien pour répondre au canon que Renaud se fait de la gent féminine. Elle subit cet outrage en silence. La douleur ne fait pas nécessairement hurler. Alcool et antidépresseurs ne suffisent plus à la soulager. Elle sent bien qu'il faille quitter son conjoint pour juguler sa chute aux enfers.

Comme l'indique le titre, Véronique Papineau a écrit un vrai petit code des amours toxiques. Le propos est rapporté avec une densité presque insupportable. Le lecteur souffre autant que la victime qui se démène pour se tirer de son bourbier. Elle va y arriver alors qu'elle fréquente le gym pour reconquérir sa taille de guêpe. Elle s'amourache d'un entraîneur dont elle partagera dorénavant la vie en mutant sa fonction de victime en celle de bourreau. On peut jouer tous les rôles comme l'a démontré Jean Barbe dans Comment devenir un monstre.

Le dénouement en décevra plus d'un. Mais il reste que ce roman convainquant décrit avec réalisme des " amours toxiques ". On est pris au jeu dès le prologue. Grâce à l'écriture fort maîtrisée, l'auteure tient son lecteur en haleine jusqu'à la dernière page même si elle ne creuse qu'une seule facette de la personnalité de ses protagonistes