Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Leclerc-Dion, Marie-Ève.

On peux-tu rester amis ?


Éd. Québec Amérique, 2019, 179 p.
Le Mal d'amour

" On ne comprend pas ce qu'est un divorce, " écrit Bernhard Schlink dans Le Liseur. Les empreintes sont plutôt indélébiles. On parle souvent avec désinvolture de son ex. C'est de la fanfaronnade pour ne pas se laisser submerger par une rupture. Comment surnage-t-on quand on doit affronter cette réalité ? C'est la question à laquelle répond Marie-Ève Leclerc-Dion qui a vécu le drame de la séparation.


La thématique n'est pas nouvelle dans le monde occidental, qui privilégie l'obsolète aux dépens de la pérennité. L'auteure fait entendre judicieusement ce son de cloche fêlée. La vie de couple n'affiche pas une date de péremption. Quand ça se produit, le déchirement est d'autant plus douloureux qu'on n'a pas uni son destin en fonction d'un échec. Sa protagoniste l'éprouve amèrement. Faire le deuil d'une rupture exige beaucoup de force morale.

On voudrait que tout se passe comme si le pont ne s'était pas effondré. Aimer encore, mais à distance. Chacun sur son île. Mais " nul n'est une île ", a écrit Thomas Merton. Le titre du roman éclaire l'intention de l'héroïne : On peux-tu rester amis ? Le TU est un barbarisme québécois. On l'emploie à toutes les sauces à la forme interrogative. Tu m'aimes-tu ? Il travaille-tu ? C'est l'équivalent de " est-ce que ".

La crise d'angoisse se classe au premier rang des causes de la déprime des congédiés de l'amour. Elle atteint son paroxysme quand il faut se partager les biens du couple et explose quand une suppléante s'accroche aux bras du partenaire envolé. La jalousie accroît le malheur des gens délaissés qui épient souvent le conjoint disparu pour mieux l'accuser de son crime de lèse-majesté amoureux.

La trame du roman s'enracine dans ce terreau. Même si la thématique a du kilométrage, on peut tout de même lui insuffler une seconde vie. Malheureusement, l'œuvre ne transcende pas le sujet. On le survole à la hauteur des pâquerettes : faire enlever son stérilet devenu inutile et autres mesures factuelles qui sont peu prégnantes. Ce premier jet romanesque est plutôt décevant.