Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Filteau-Chiba, Gabrielle.

Sauvagines. Èd. XYZ, 2019, 320 p.

Le Braconnage

L'environnement est devenu une préoccupation généralisée en Amérique et en Europe. On veut sauver la planète à tout prix sans que nos habitudes ne se modifient. On tient à son auto et ses électros qui n'existeraient pas sans l'exploitation des richesses non renouvelables comme le pétrole. On veut protéger la nature, mais on s'en sert pour s'enrichir honteusement. Les coupes à blanc continuent de dénuder les forêts, menaçant ainsi l'habitat naturel des animaux, Pis encore, des braconniers envahissent les espaces verts pour piéger tout espèce rentable sur le marché mondial. La vésicule biliaire des ours est fort appréciée pour ses soi-disant bienfaits aphrodisiaques. Quand la connerie triomphe au pays des ignares, tout est permis.


La narratrice de Gabrielle Filteau-Chiba raconte les ravages qui guettent la sauvagine que l'auteure définit comme " l'ensemble des peaux les plus communes vendues par les chasseurs sur les grands marchés de la fourrure ". Vendre des pelleteries n'est pas un crime en soi. Le Canada doit son existence à ce troc avec les premières nations. Le problème vient de ceux qui se moquent des lois s'appliquant à la protection de la faune et de la flore. Ces derniers ne respectent pas les quotas pour les captures et les permis qui donnent accès à la chasse. Comme des psychopathes de la nature, l'extinction des espèces leur importe peu et les milieux protégés encore moins. Ils se croient tout permis. Le gouvernement québécois nomme des agents forestiers en nombre trop limité pour patrouiller notre vaste territoire.

La narratrice, Raphaëlle Robichaud, occupe justement cet emploi. Descendante d'une tribu autochtone originaire de la Gaspésie, elle habite dans une caravane délabrée au milieu de la forêt de la région de Kamouraska. Elle préfère cet abri au tintamarre des villes. Comme le veut la tendance actuelle, on se cherche une cabane au fond des bois à l'instar de la chanson de Line Renaud. Vêtue de son uniforme, elle voit au respect des règlements. Ce rôle exige d'être myope si l'on tient à sa sécurité. Les illégaux ne lésinent pas sur les moyens d'intimider les gardes-forestiers pressés de les faire marcher aux pas.

Marco Grondin est l'un de ceux-là. Il est issu d'une famille influente de Saint-Bruno-de-Kamouraska. Gare à ceux qui s'opposent à leurs manières cavalières. Ce braconnier déploie un arsenal impressionnant pour capturer ses prises, voire des pièges interdits qui causent une mort horrible aux bêtes. Raphaëlle refuse de s'en faire imposer par un hors-la-loi. Elle en paie le prix, mais la vengeance est douce au cœur de l'Indien.

Ainsi le roman se transforme en un suspense bien huilé. Réussira-t-elle à vaincre son féroce adversaire? Il faudra atteindre la dernière page pour le savoir alors que le dénouement fait éclater une histoire d'amour saphique. Même si l'on vit loin de la civilisation, on n'est pas la seule âme esseulée. De plus, Raphaëlle se fait l'amie d'un agent de la faune retraité chez qui elle peut se réfugier. Grâce à lui et sa compagne, elle concocte un plan machiavélique pour débarrasser la nature d'un indésirable, plan que d'aucuns n'appuieront pas.

Cette œuvre est un cri du cœur en faveur de la protection de l'environnement, en particulier un formidable plaidoyer à la défense de la faune qui peuple la forêt québécoise. L'auteure se dévoile une bonne avocate. Ce qu'elle raconte est très révoltant et d'une grande crédibilité. Son combat se double d'une histoire d'amour, qui trace un beau profil psychologique d'une héroïne gaspésienne, perdue dans la chaîne des Appalaches au sud de Kamouraska. Les scènes d'intimité sentent la guimauve, mais la trame amoureuse est bien tissée et écrite dans une langue compréhensible pour tous.