Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Segura, Mauricio.

Viral. Éd. Boréal, 2020. 295 p.

Les Maghrébins de Montréal

L’écrivain montréalais d’origine chilienne Mauricio Segura s'intéresse aux rapports avec autrui. Qui suis-je et que veux-je? Questions douloureuses quand on est un immigrant, d'autant plus quand on est un musulman. Même si le protagoniste Sami habite Côte-des-Neiges, l'arrondissement le plus multiethnique de Montréal, il faut qu'il se définisse et subisse le regard hostile du Québécois de souche. D'aucuns se perçoivent comme racistes, mais on persiste sur la différence.

La trame débute avec le refus d'une chauffeuse de la STM (autobus) de laisser monter Sami à bord parce qu'il l'a insultée. L'altercation se transforme en drame quand ce venin médiatique est inoculé aux réseaux sociaux. Selon les clans, chacun veut la tête de l'autre. L'auteur visite chaque camp afin d'en tirer la quintessence de ce qui compose, en l'occurrence, la diabolisation de la communauté maghrébine depuis les attentats du 11 septembre.

Comment Sami se sent-il dans cette tempête médiatique ? Il se ment tout d'abord en épousant les vues de ses pairs pour se faire accepter. Il se fait joueur de basketball et amateur de musique hip-hop. Ce mariage n'est pas épanouissant. Le protagoniste perd son identité de Marocain musulman. Il refuse cet abandon pour vivre ce qu'il est, en portant même une djellaba pour aller à l'école sans pour autant se radicaliser.

De Lola, la journaliste, auteure de la vidéo virale, jusqu'à Yasmine, la sœur de l'intimé via le maire de l'arrondissement, Mauricio Segura examine les conséquences du fâcheux affrontement comme dans un roman choral. De chaque personnage au profil bien représentatif du milieu se brosse un tableau nuancé du racisme pas toujours subtil de Montréal. Même si le romancier sait marcher sur des œufs en refusant de se mouiller, on note des raccourcis qui laissent le lecteur sur une seule jambe malgré les 300 pages de l'oeuvre.

Il n'en reste pas moins que c'est un roman brillant qui ouvre les yeux des Québécois. Le courant peut-il passer entre l'immigrant qui veut s'intégrer et le soi-disant pure laine qui l'accueille ?